La descente de la Tsiribihina

Nous partons 3 jours en pirogue sur la Tsiribihina pour rejoindre le village de Belo-sur-Tsiribihina. L’aventure, la vraie, nous attend sur ce fleuve où les lémuriens nous épient dans les arbres, les crocos se font bronzer sur les berges et les gamins nous saluent en criant : « O viv »…

sur la pirogue

A Miandrivazo, nous recrutons l’équipe qui nous accompagnera dans ce périple. Elle se compose de 4 piroguiers et d’un chef cuistot. Et cuisiner sur une pirogue n’est pas à la portée de toutes les toques !

gamins tsirihibina

Eviter les bancs de sable est la principale des préoccupations sur les premiers kilomètres. Nous sommes au début de l’aventure. L’équipe est encore soudée. C’est dire, même mon frère prête main-forte aux piroguiers (ça ne va pas durer). Au fil de l’eau, la vie du fleuve se déroule. Les femmes lavent la vaisselle, non loin les gamins chahutent et les hommes mènent les zébus à la rivière ou transportent des marchandises sur leur pirogue. Des marmots nous suivent sur la berge en criant « O viv !». Je crois à une salutation locale, alors je leur répond : « O viv à toi aussi jeune ami ! » . Non Sébastien, « O viv » ne veut pas dire bonjour. Les gamins réclament des bouteilles d’Eau vive (Evian du coin) vides (les pleines ils les vident dans la rivière). Leurs parents les recycleront ou les revendront. Alors tu leur jette tes bouteilles d’eau… Hum oui, ça fait un peu bizarre…

chasseur croco tsiribina

Crocodile dundee gasy

Les repas et les bivouacs confirment le talent de notre équipe de piroguiers. Sur l’eau ou sur la berge, ils sont au top ! Tout le monde met la main à la pâte pour installer le camp et préparer les repas. Côté fraicheur des produits, pas de soucis. On trimbale des poules vivantes sur la pirogue, c’est pas pour le folklore, mais pour la casserole ! Le cuistot fait aussi son marché sur l’eau avec des pêcheurs. Nous croisons même un Crocodile Dundee local, ce sera brochette de croco ce soir !

bivouac tsiribina

Le soir nous accostons sur les bancs de sable qui bordent la Tsiribihina. A l’abri des regards, nous aménageons le coin toilettes : un trou dans le sable creusé à la pagaie fait l’affaire. Un coin de la berge fait office de « salle de bains ». Ne pas trop s’éloigner quand même dans ces cas là. Il y a des coins à croco… Quand le soleil se couche, nous sommes vraiment seul au monde. Même s’il y a toujours quelqu’un qui sort de nulle part ici… Des huttes se cachent un peu partout. En tout cas je profite pleinement des ces moments allongés dans le sable à compter les étoiles filantes. Il y a un peu de vent, juste ce qu’il faut pour ne pas avoir de moustiques, mais quand même assez pour que la tente de mon frère s’envole !

lémurien marron tsiribina

Des curieux

Il faut toujours ouvrir l’œil sur la pirogue. Dans les airs, on peut voir des aigles, des faucons, des aigrettes et des martins pêcheurs… Dans les arbres, c’est d’abord les propithèques de verreaux que l’on aperçoit. De belles peluches blanches qui descendent rarement de leurs perchoirs. Mais les lémuriens qui s’approchent le plus sont les « marrons ». Nous les surprenons notamment quand ils viennent s’abreuver dans la rivière. Sur les berges, la star, c’est le croco ! Nous avons vu surtout des jeunes croco (pas plus mal). Mais il y a aussi des tortues de mer, des caméléons et des chauves-souris…

Les gardiens de la cascade

Les gardiens de la cascade

Petite pause dans une cascade paradisiaque. Je rencontre la famille du gardien des lieux. J’échange quelques mots avec lui en malgache (oui ça fait partie de mes compétences…). Je crois d’abord que le gars est avec tous ses enfants. Mais celle que je prenais pour la grande sœur est en fait sa femme et elle a déjà plusieurs gosses (c’est courant ici)…

C’est l’occasion pour la plupart de se laver de manière plus sereine que dans la rivière. Nous rejouons la scène classique des films d’aventure où le héros se baigne nu dans une eau limpide sous une cascade… au détail près que nous étions en maillot de bain.

1ère (et dernière) blessée

1ère (et dernière) blessée

Mais ça c’était avant le drame… En revenant de la cascade, Nicole a voulu rejoindre des « toilettes en dur » (première erreur). Des pierres, de l’eau, des Crocs (fausses et chinoises de surcroit), il n’en a pas fallu plus pour qu’elle se retourne les doigts de pied et se pète deux orteils. Moment d’inattention, coup monté ? On ne le saura jamais. Une chose est sure, le pied a d’abord enflé puis… s’est coloré en bleu ! L’équipe a longuement hésité. Peut-on garder Nicole dans le groupe ? Elle risque de nous retarder et le temps nous est compté…

–          « Continuez sans moi, je crois que je ne pourrai pas aller plus loin »

–           « Non Nicole, on a commencé cette histoire ensemble, c’est ensemble qu’on la terminera ».

La décision est tombée comme un couperet. Nicole continuera l’aventure.

(Petite précision, il se peut que le dialogue énoncé plus haut ait été un peu modifié pour les besoins du blog)

village pirate tsiribina

Nous faisons halte dans un village. Nous l’appellerons le village pirate. Notre cuisinier a ses habitudes ici. Le marin d’eau douce a une femme qui l’attend dans chaque port. Les premiers à nous accueillir sont les gamins, comme d’habitude. Tiens, ils ne veulent pas de bouteilles d’eau. C’est mignon ils veulent même nous tenir la main à notre sortie… Pourtant le piroguier nous a mis en garde sur les agissements des gamins du village (et du village entier en fait). Ils se battent littéralement pour nous tenir la main. Mais la deuxième main va… dans nos poches ! C’était trop beau ! Une fois la marmaille semé, nous nous enfonçons au milieu des huttes de paille. Des cochons se baladent un peu partout au milieu des détritus, signe que la société de consommation est parvenu jusqu’ici. Nous croisons plusieurs gars armés. Le guide nous dit que ce sont des dahalo (voleur de zébu, bandit). Il suffit de leur donner des clopes et de discuter pour ne pas être embêtés. Nous le laissons gérer ça avec eux. Nous, nous décidons de revenir sur nos pas. Je ne me sens pas vraiment à mon aise ici et le soleil tape fort. Au retour, un des mecs armés nous emboîte le pas. Ma mère le voit. Elle commence à paniquer et accélère, laissant mon frère et moi aux mains des méchants dahalos ! Bon à savoir, l’instinct protecteur de la mère disparait à la vue du dahalo lol.

baobab tsiribina

baobab

Les premiers baobabs annoncent la fin du fleuve. Direction le village de Belo-sur-Tsiribihina. Bilan de ces 3 jours. La troupe est encore au complet. Seulement 2 orteils manquent à l’appel ! La tourista n’a pas encore frappée. Est-ce que ça va durer ? Qui résistera ? Nicole va-t-elle tenir encore longtemps sans orteils ? Affaire à suivre dans les Tsingy du Bemaraha.

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4 réponses à “La descente de la Tsiribihina

    • Lol ça me rassure que tu l’es notée, je dis un truc macho et personne ne relève ! ça sert à quoi de provoquer si ça passe inaperçu !

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