Nanou le Savoyard : « Mon seul regret est de ne pas avoir connu Mada plus tôt »

Nanou vit son rêve dans la ferme de Morarano près d’Ambatolampy, à 80 km de la capitale malgache. Si vous avez de la chance, vous pourrez même l’apercevoir dans sa boutique à Tana, du côté d’Isoraka. Suivez l’itinéraire d’un paysan idéaliste et… anticonformiste.

nanou le savoyard

Avec sa longue barbe poivre et sel, ses yeux pétillants et sa petite taille, Nanou ressemble à un lutin espiègle tout droit sorti d’un conte pour enfant. Impossible de lui donner un âge. Pourtant ses racines sont bien ancrées dans le réel. Fils d’une famille de paysans savoyards, il est élevé à la dure avec 7 frères et sœurs. Enfant, il a la santé fragile. Les beefsteaks et le bon lait fermier prescrits par le médecin du village n’y font rien ! A 14 ans, il décide de suivre la voie tracée par ses frères. Sportifs de haut niveau, les frangins sont devenus végétariens. Le petit Nanou s’y met et la santé s’améliore ! Une nouvelle vie commence : « On me prenait pour un extra-terrestre » rigole Nanou. La diététique devient sa passion, il dévore tous les bouquins qu’il trouve sur le sujet.

nanou jardin

Le jeune idéaliste quitte le foyer familial rapidement. Il va d’abord élever des poules près de Chambéry dans les années 60, avant de s’envoler pour la Corse. « Je n’ai jamais aimé la neige » se justifie le Savoyard. La nature est généreuse sur l’île de Beauté, alors Nanou décide de mettre à profit ses connaissances en diététique pour cultiver des plantes médicinales et fabriquer de la farine de châtaigne, de l’huile d’olive, des fruits secs… Il vend ses produits sur les marchés d’Ajaccio et même chez Hédiard ! Il va mettre au point un savant mélange : « les Herbes du maquis corse » en réponse aux Herbes de Provence. Avec sa dégaine de hippie, Nanou aura bien fait rire les gérants des grandes surfaces corses ! Mais grâce à son obstination, ses herbes de maquis ont réussi à gagner les étales des supermarchés et même à y faire souche. En parallèle, il s’intéresse aux abeilles : « Un vieil apiculteur m’a appris à lancer un rucher sans débourser un centime » se targue Nanou avec malice. Sa technique fonctionne, il atteint vite 500 ruches. Membre actif de la communauté végétalienne (ni œuf, ni lait, ni.. miel) de son village corse, il coule une vie douce. Même les gendarmes du coin s’approvisionnent chez le pinzutu (terme similaire à « vazaha » mais en Corse, ah ces insulaires !). Nanou se souvient : « Les Allemands des campings naturistes m’achetaient le miel par bidon !». Le plasticage de sa baraque marque la fin de son aventure corse.

alambic dans sa ferme à mada

en pleine distillation

Après un épisode infructueux à l’île Maurice, et quelques démêlés avec la justice, Nanou pose ses bagages sur l’île de la Réunion. Avec l’aide de nombreux mécènes rencontrés en chemin (la route est longue depuis la Savoie), il réussit à monter un projet de conserverie au village artisanal de l’Epéron. Nous sommes dans les années 80, la notoriété des « Bons produits créoles » de Nanou croît rapidement. A la fin des années 90, le joyeux drille achète même la distillerie du Maïdo à Petite-France, sur les hauteurs de Saint-Paul. Là-bas, Nanou le Savoyard cultive ce qui deviendra son produit phare : le géranium. Il s’intéresse aux vertus médicinales des plantes. Ses eaux florales et huiles essentielles soignent les maux du quotidien. Mais le Savoyard ne manque pas d’idées et il adore concevoir de nouveaux produits. Il commence ainsi à fabriquer savons, shampoings, huiles de massage, confitures, condiments, mélanges d’épices, plantes pour infusions….

nanou en pleine création

Et en 2006, Nanou décide de quitter la Réunion après y être resté 22 ans. Il s’envole pour la Grande île. Il va trouver son paradis à Ambatolampy, dans la campagne des Hautes-terres, entre Tana et Antsirabe. L’entrepreneur idéaliste reprend la ferme de Morarano, qu’il convertit en « ferme expérimentale en agriculture biologique ». Sa 58ème épouse paraît même être la bonne (oui, oui, 58…), c’est simple Nanou n’a qu’un seul regret, « ne pas avoir connu Madagascar plus tôt ». Derrière ses fourneaux, il élabore sans cesse de nouvelles recettes pour étoffer son « épicerie fine ». Il fait pousser des plantes inédites à Madagascar, comme la Stévia, « substitut au sucre sans sacharose, idéal pour les diabétiques ». Avec ses deux alambics, il met au point des remèdes 100% naturel. Il est même reconnu comme médecin traditionnel à Madagascar : « J’ai beaucoup de docteurs qui viennent s’approvisionner chez moi »  se félicite Nanou.

école morarano

L’école de Morarano créée par Nanou et le fiston au premier rang

Il ouvre une première boutique à Ambatolampy puis une deuxième à Tana. Non content d’élargir en permanence sa gamme de produit, Nanou construit un insectarium dans sa ferme avec plus de 6000 espèces de papillons et d’insectes. Ses prochaines lubies ? Il construit actuellement un labyrinthe, « le labyrinthe des fous » et des bungalows pour accueillir des touristes sur son exploitation. Il aimerait aussi créer un lac artificiel. Bref, Nanou vit son rêve au quotidien. Il vient même d’acheter une nouvelle parcelle dans le sud des Pangalanes, vers Vatomandry qu’il a nommé « Cannelle land ». Il y cultive notamment  la cannelle, la girofle, la vanille et le poivre. « Un bon moyen aussi d’aller au chaud quand il fait trop froid à Ambatolampy » explique Nanou. Le lutin savoyard a encore des projets pour au moins 50 ans… Heureusement pour lui, les végétaliens ont une espérance de vie supérieure à la moyenne.

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Daniel Favre dit Nanou le Savoyard de Madagascar

La Ferme de Morarano d’Ambatolampy

La Distillerie du Maido d’Ambatolampy
Le Musée des Papillons d’Ambatolampy
Cannelle Land de Vatomandry
Boutique à tana : derrière l’Eglise catholique à Isoraka
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9 réponses à “Nanou le Savoyard : « Mon seul regret est de ne pas avoir connu Mada plus tôt »

  1. Ton article est très intéressant. Je suis de plus en plus convaincue des bienfaits du végétarisme ou du végétalisme, même si j’ai du mal à me passer de la charcuterie et du fromage!! Il faut bien avouer que c’est quand même un plaisir d’en manger 🙂
    Sinon, par curiosité, que se passe t’-il le 14 juillet à Madagascar? A répondre sur mon blog si tu as le temps 😉

  2. Génial ! Tu t’es constitué ta pharmacie alternative j’espère. Mais tu ne nous dis pas l’essentiel … Tu t’es laissé convaincre par son régime ?

    • Et bein tu crois pas si bien dire ! Pour la pharmacie alternative en tout cas… j’ai découvert ici plein de plantes aux vertus très intéressantes, alors je m’y suis mis. Pour le végétalisme, pas totalement, pas contre les légumes et les fruits sont tellement bon ici que j’en mange bien plus qu’avant c’est sûr ! Mais on a quand même tendance à oublier que l’alimentation c’est la base de notre santé, alors faisons gaffe à ce que nous bouffons !

      • Moi qui suis fan de médecine naturelle (mais en pleine recherche, je n’ai pas eu la chance de rencontrer un Nanou !), j’espère bien que tu en profites ! En ce qui concerne l’alimentation, biensûr qu’il a raison mais … bière et chips (saveur barbecue), c’est quand même le début du bonheur !

      • lol. Putain j’ai dû changer, même la bière et les chips barbecue ça me fait plus rêver ! Par contre les salades d’avocats avec du rougail et du jus de citron vert, je te jure c’est aussi le début du bonheur ! A mon retour en France cet hiver, je te préparerai un buffet malgache, tu vas kiffer !

      • Mais moi je mange à tous les rateliers ! Un buffet malgache, j’en salive d’avance …

  3. Je viens de voir votre post sur Nanou et apres être passée chez lui vendredi dernier je dois dire que je suis enthousiasmée et je vous félicite pour votre sympathique article sur ce personnage plus qu’atypique et son superbe travail, sans oublier la géniale cuisine de Noro !! 🙂 bonne poursuite de votre séjour à Mada, moi, je pense sérieusement y rester!

  4. Bonjour,
    Je ne marnquerais lors de mon prochain séjour à Madagascar à aller faire un tour pour rencontrer Nanou..Son initiative correspondant tout à fait à celles que nous souhaitons mettre en avant à travers nos conseils et création de circuits de tourisme solidaire à Madagascar.
    Merci donc pour l’info !
    Caroline

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