Les Pangalanes 2

Découverte du village d’Andranokoditra, isolé entre l’océan Indien et le canal des Pangalanes. 

Chez Nôla

Chez Nôla

Nous nous levons à l’aube. La pluie nous a bercé toute la nuit et… elle est toujours là au réveil. Ce matin, chez Nôla, nous avons fait la connaissance du fameux guide du village. Fringué à la cool, bonnet sur la tête (c’est un truc qui m’intrigue ici, même quand il fait chaud il y a toujours un gars en bonnet…), il se présente : Nabé. Il parle plutôt bien français et à l’air d’aimer plaisanter. Il propose de nous emmener cet après-midi pour le fameux « circuit en zone humide » (voir le flyer voyage organisé dans les Pangalanes). Nabé viendra nous chercher à 14h30 (heure locale…).

andranokoditra

Des vazaha fluo ?

Nous profitons d’une accalmie pour sortir au village (on ne l’a toujours pas vu de jour). Les cases en falafa diffusent déjà leur parfum, nos vêtements en sont imprégnés. Nous découvrons une poignée de cases disposées sur cette langue de sable entre le canal des Pangalanes et l’Océan Indien. Aux effluves du falafa humide, se mêle l’odeur âcre du charbon de bois local. Les foyers chauffent leur marmite de vary (riz) matinal dans un coin de la case. Une grand-mère, assise dans sa hutte, regarde passer la procession de vazaha colorés (Kway jaunes fluo, rouge…).

gare d'Andranokoditra

la vieille gare coloniale

En allant côté Océan Indien, nous enjambons la voie de chemin de fer. Des trains de marchandises passent en direction de Tamatave ou de Brickaville. Certains jours il y a même des passagers ! La vieille gare coloniale tire la gueule. La végétation luxuriante est en train d’engloutir cet intrus. La vraie gare, c’est plutôt la grande case de Nabé. Le guide a installé sa case à côté des rails pour être aux premières loges quand les voyageurs providentiels débarquent. Il nous fait visiter son chez lui. Un coin salon, une cuisine, des chambres, rien à voir avec la case de base. Il a un peu étudié à Tamatave, « à la ville », ça lui a permis d’apprendre le Français. Un sérieux atout pour lui, car ici c’est le seul à maîtriser la langue de Molière! (Nôla se débrouille un peu). Il nous montre son jardin, de l’autre côté des rails, une sorte de grand compost qui recueille les noyaux et pépins en tout genre : tomates, avocats… Derrière son jardin, la dune et ensuite la plage.

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En arrivant sur la plage, nous surprenons un ado en train de faire ses besoins. Certaines plages sont de vastes… toilettes ! Mais la langue de sable est belle. Avec le mauvais temps, l’océan Indien exhibe ses rouleaux. Les pêcheurs ne sont pas partis en mer aujourd’hui. En retournant dans le centre du village nous retrouvons nos amis marins en train de jouer aux dominos accoudés au bar, un brin alcoolisés de bon matin. De leur côté, les femmes d’Andranokoditra se sont lancées dans l’artisanat avec l’arrivée des premiers touristes. Elles peignent des graines de légumes avec des pigments naturels pour en faire des colliers ou des bracelets. Les petites marchandes se bousculent pour faire l’étalage de leurs parures à la vue du premier vazaha. Une autre a même sa petite boutique où elle vend du miel, des herbes, des huiles essentielles… Dans le village, il y a aussi la petite épicerie. L’école a été soufflée par le dernier cyclone, depuis elle a investi la « case des fêtes » du village.

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De l’autre côté, au bord du canal des Pangalanes, il y a le coin : vaisselles, douches, lessive, débarcadères de pirogues (oui tout ça !). Cette plage qui avance dans le village est le lieu où les filles (sauf si le gars vit tout seul, dixit Nôla) viennent y faire les activités ménagères. C’est un vrai lieu de vie ici ! Des gamins font leur toilette, se lavent les dents, font leur lessive. Le moment où les femmes viennent prendre leur bain est majestueux. Elles rentrent dans l’eau avec leur lamba (sorte de pareo) comme des déesses. Les gestes tiennent du rituel. Le lamba au-dessus de l’eau, elles rient et se baignent en formant des mouvements gracieux. Je profiterai de ce spectacle tout à l’heure alors que Nabé me prendra copieusement la tête avec de longues palabres, mais on y reviendra.

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En début d’après-midi, la pluie cesse, enfin ! Nous faisons connaissance avec deux petites vazettes. Elles sont en stage ici, envoyées par la fameuse association l’Homme et l’Environnement (celle qui a « organisé » ce week-end lol). Elles répertorient la faune dans la réserve de Vohibola, de l’autre côté du canal. A part quelques maladies et des problèmes de puces-chiques, elles sont ravis. Bon, côté stage, c’est pas rose tous les jours. Le représentant de leur association s’est barré car il se sentait menacé par quelqu’un au village. Du coup, elles sont un peu livrées à elles-mêmes. Et totalement dépendantes de Nabé. Apparemment, il a tendance à abuser de la bibine. D’ailleurs elles viennent de passer vers sa case, et il est en train d’écluser sévère. Il est déjà 15h, nous aimerions profiter de notre éclaircie. Tant pis pour lui et son circuit en zone humide. Nous décidons d’aller à la réserve du Palmarium. Le bateau viendra nous chercher vers 16 heures. Par acquis de conscience certains décident d’aller prévenir Nabé. Perso je l’aurais laissé cuver pénard.

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Nous revoilà sur le débarcadère pour attendre le bateau du Palmarium. La démarche gauche et l’œil vitreux, Nabé nous rejoint. Les ennuis commencent. Il se lance dans un kabary alcoolisé : il me parle de zébu, de rivières, de soleil… Traduction : « écoute Sébastien, tu sais ici on prend le temps de vivre, on est mora-mora, un gars m’a proposé un verre, il devait, certes, être l’heure de vous emmener, mais tu sais une chose en amenant une autre, je n’ai pas pu refuser… J’étais dans un état second, alors j’ai cuvé un moment, mais j’allais venir vous chercher… Il fallait m’attendre, je suis très vexé ! ». Heureusement qu’en toile de fond j’ai le spectacle du bain des femmes dans le canal. Je lui explique que nous n’avons pas la même façon de voir les choses, que ce n’est pas grave, mais que du coup nous nous passerons de lui cet après-midi. Petite réflexion de Margaux : « le problème c’est que s’il raisonne comme ça, il va seulement faire guide pour les gens de son village ! ». Pas con Margaux.

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Vari

Le bateau du Palmarium est sacrément en retard aussi. On terminera la visite à la tombée de la nuit et… sous la pluie. Ravinala, Pandanus, nous découvrons la végétation typique du canal. Des Varis noir et blanc nous accueillent. Je donne une banane à un des lémuriens, il me prend la main à la manière d’un enfant. Sa patte (ou main… ça ressemble vraiment à une main humaine) est douce comme celle d’un bébé. Nous rencontrons aussi des tortues et des Tanrecs, ces espèces d’hérissons endémiques à Madagascar. Pas de traces de Sifaka dans la forêt. Des grenouilles nichées dans un tronc d’arbre poussent un cri d’alarme à notre passage. Madagascar abrite plus de 300 espèces de grenouilles et il en reste encore à découvrir (90% sont endémiques). Côté insecte, c’est le paradis des chercheurs : « tous les jours on en découvre des nouveaux » ! nous assure le guide du Palmarium. Dans la forêt, il nous désigne des lianes. Oui, et ? En fait dans le prolongement des lianes, en s’approchant on devine une grappe d’insectes. Impossible de les apercevoir au premier abord. Nous sommes arrivés par là hier soir. Je me dis qu’on a bien fait de s’arrêter au Palmarium, la forêt tropicale la nuit, c’est plein de surprises pas toujours agréables !

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En rentrant au village de nuit, il règne une atmosphère magique. Les cases sont allumées par les bougies ou par le foyer du sakafo (repas). Devant l’épicerie, des gens discutent dans la pénombre. L’océan gronde au loin, c’est le seul bruit audible avec la rumeur des cases. L’isolement et l’éclairage à la bougie procurent une ambiance douce, apaisante, moins agressive que dans les grandes villes éclairées au néon. Les couleurs sont belles. Encore une fois, c’est beau, tout simplement.

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Bientôt la suite… les vazahas parviendront-ils à repartir du village pour regagner Tana ? Nabé va-t-il décuver ? La pluie va-t-elle cesser ? Vous le saurez dans le prochain épisode de « Voyage organisé dans les Pangalanes » : Les Panglanes 3 !

(Photos by Nathalie, Alexandre, Héloïse, Guillaume et moi)

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5 réponses à “Les Pangalanes 2

  1. Ca me rappelle la brousse juste a 10km de brickaville lors de la fête des morts comme on dit par la bas…se laver dans une rivière entre filles, un bon gommage au sable…un plaisir et de bons souvenirs de rigolades entre filles toutes generations confondues…halala (soupir)

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