Gareur de voiture…

Pour être « gareur de voiture » à Tana, rien de plus simple. Tout se résume en un mot : « Aléfa ! »

« Alefa ! ‘léfa ! léba ! lèva ! ». Impossible de vivre à Tana sans entendre ce mot, ou ses variantes, prononcé par les « gareurs de voitures ». Plusieurs fois j’ai pris plaisir à observer le même manège.  Une voiture manoeuvre pour se garer. Un gars à l’allure de clochard céleste se précipite juste en face de l’automobile. Alors que le créneau est quasi fini, notre « gareur de voiture » intervient en prononçant les mots magiques : « Léva ! Lévaa ! Aléva ! ». En sortant de sa voiture, le conducteur lui glisse aussitôt un billet. En tant que spectateur vazaha ne parlant pas malgache : voici donc les traductions du mot « Alefa » que je déduis de la scène : « Ouai, vas-y ! Un peu plus à gauche, un tantinet à droite, voilà ça y est, nickel ! ». ça fait beaucoup de sens pour deux syllabes vous me direz ! Mais pourquoi pas ?! Donc ça, c’était pour garer la caisse. Ces mêmes gars « t’aident » à sortir de ta place de parking. Même scénario. Le conducteur monte dans sa caisse. Il commence à reculer. Là notre ami qui guettait se ramène avec sa formule magique : « Aléfa ! léva ! léba ! ». Et c’est en tant que piéton que j’ai compris que le mot « Alefa » n’avait pas autant de sens que je lui prêtais. Parce que moi, naïf, je m’engage sereinement  en me disant que le rôle du gars c’est aussi de prévenir si quelqu’un gêne la manœuvre. Donc je parie sur le fait que « Léfa ! » veut dire aussi « attend il y a piéton qui est en train de traverser, tu ne peux pas reculer maintenant. C’est bien la moindre des choses que je peux t’indiquer, déjà que je ne sers pas à grand choses (rien que ça) ». Et bein non ! Notre gareur de voiture laisse le gars me reculer dessus en continuant ses « Alefa » ! Donc, amis gareurs de voiture, c’est bien de maîtriser un mot sur le bout des doigts, mais va falloir en apprendre des nouveaux maintenant, ça facilite la communication y parait… Ce sera mieux pour les conducteurs, pour les oreilles des piétons et pour vous aussi : répéter le même mot toute la journée ça doit finir par lasser, non ?!

Qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas d’école pour devenir gareur de voiture, même si ça pourrait être drôle : « Léfa ! Voilààà comme çaaa, répète encore : Léba ! C’est bien Rasoul (prénom malgache écrit en phonétique), tu deviendras un bon gareur de voiture ! ». Non, en fait ce sont les gars de la rue qui font ça au lieu de mendier (bon à part quelque uns qui prennent leur tâche à cœur, pour les autres, on n’est pas loin de la mendicité quand même) mais c’est vraiment un manège qui m’a interpellé tout de suite en tant que vazaha. Je les appelais les mono-mots ! 😉

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5 réponses à “Gareur de voiture…

  1. Cela m’a rappelé les mêmes, au Sénégal, qui se contentent en fait d’être de gentils parcmètres qui crèvent vos pneus si vous ne leur réglez pas le stationnement …

  2. Cet article me fait sourire!!!
    Juste une petite rectification, ils disent souvent « alefa » : va, « aoka » : stop, « eo » : ici, et non tout ce que vous dites même si vous l’entendez ainsi.

  3. j’écris en effet en phonétique la plupart du temps. Après, c’est quand même pas tous les jours où on a droit à « aoka » et « eo ». Le comique de la situation est que justement certains se contentent d’un « alefa » et que ça suffit pas tout le temps.

  4. Pingback: Vendeurs des rues et mendiants | Récit de voyage Madagascar·

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