Une coupure d’électricité

15h. Un bruit sec précède le sifflement des onduleurs. Ceux qui n’ont pas sauvegardé font la gueule, les autres se marrent ! C’est la deuxième coupure de la journée. Perso j’ai un mini onduleur qui a une autonomie de 15 minutes. Imperturbable, je continue mon taf, ce matin c’est reparti rapidement. Mais là, ça n’a pas l’air de vouloir…  Au final, on nous dit qu’il faut tout éteindre et rentrer chez nous. Ça fait plaisir ! Par contre il va falloir rattraper 1h30 demain. Ça fait pas plaisir ! Bref, je me casse rapido.

dans la rue Tana

Il est tôt, alors je fais un détour pour rentrer. On m’a parlé du quartier de l’ancien lycée Français, en me disant qu’il y avait de belles maisons là-bas. Je vois à peu près où ça se trouve, c’est pas loin de mon boulot. J’en profite donc pour faire un crochet. Je suis 3 gars pieds nus, habillés de vêtements en haillons, qui portent des sacs rempli de « je ne sais quoi » sur leurs têtes. Ils n’ont pas vraiment le profil du bourgeois local. Je continue quand même mon chemin. La route est d’abord goudronnée, puis ça devient une piste de sable rouge. A droite, des hauts murs de briques cachent de belles résidences. Mon sens de l’orientation n’est pas si mauvais que ça ! Mais après 300 mètres, la piste se resserre. Fini les bâtisses cossues. Des pavés grossiers sont posés sur le sable rouge et des abris de fortune encadrent le chemin. Je comprends maintenant où vont les 3 porteurs qui sont toujours devant moi. En tous cas le « beau quartier » ne me fait pas rêver : une prison dorée à côté de la cour des miracles !

Les pavés deviennent escaliers. Je gravis les marches un peu à contre-cœur. Entre les baraques délabrées, par je ne sais quels sentiers escarpés, des gens surgissent de tous les côtés, comme dans une fourmilière. J’aperçois des fanions publicitaires accrochés à des cases en tôle. J’hallucine, je suis à 100 000 lieus de penser qu’il puisse y avoir des commerces ici ! On vend même des recharges de téléphone pour une compagnie connue chez nous et… colorée ! Arrivé en haut de la colline, je me rends compte que je suis au beau milieu d’une ville dans la ville, d’un état dans l’état. Bref dans un monde à part. Une petite cité faite de baraques en terre rouge, en tôle ou en bois, qui tombent en ruine, imbriquées les unes dans les autres. Cette « ville » possède ses échoppes, ses gargotes, il ne manque plus que la mairie ! Chez nous on appelle ça un bidonville.

Bidonville

A force de marcher dans ce décor irréel, je suis totalement paumé et un peu flippé. On me dévisage comme une bête sauvage. Je suis déjà trop loin pour faire demi-tour. Et là, comme surgit de nulle part, un gars portant un bonnet de rasta, pied nus, m’interpelle. « Tu veux Zournaux ? L’Equipe, Football, c’est bon ça ! ». Je le reconnais mais je ne lui dit pas encore. Il me demande où je vais. En fait, au moment où il me demande, je suis bien emmerdé, car j’en sais trop rien. A la base je me baladais, j’étais pas en visite dans l’un des plus gros bidonville local. Il me parle d’une association qui s’appelle « Manda ». ça me parle. La maison d’hôte où je loge a accueilli des Allemands qui bossaient dans cette asso. Le but de l’asso est de recueillir les gamins des bas quartiers pour leur donner une éducation, leur donner la chance de s’en sortir. J’avais prévu d’y aller. « Oui je vais là-bas ». En bon guide, il me fait visiter les bas fonds de Tsiadana (le quartier où nous sommes). Je ne suis pas tout à fait rassuré. Il pourrait m’emmener où il veut et me dépouiller. Mais bon je lui fais confiance. De toute façon je suis perdu… Pour lui montrer que je le connais, je l’appelle par son prénom (ça sert d’avoir de la mémoire). « Dis tu sais où tu vas là Maurice ? ». Il se retourne et se met à rire. « Tu me connais » me dit-il en me serrant la main. Ça nous met un peu plus en confiance tous les deux (enfin c’est que je me dis). En parcourant les ruelles de sable je suis impressionné par la foule de gens qui vivent ici. Il y a des gamins partout.  Encore quelques pas dans ce labyrinthe et on arrive enfin à l’asso.

Association Manda

Maurice me dit qu’il m’attend. Je dis au gardien que je viens de la part de la maison d’hôte. La directrice n’est pas là mais son assistante m’accueille. Après les présentations, on convient qu’il faudra revenir la semaine prochaine. « Les enfants seront tous là ». J’en vois déjà beaucoup pourtant ! En sortant, Maurice est là, fidèle au poste. J’ai expliqué à la secrétaire que je voulais rentrer à la chambre d’hôte et que je n’avais aucune idée du chemin à prendre. « C’est pas loin, 5 minutes à pied ». Maurice me raccompagne. En effet, c’est vraiment pas loin ! En arrivant, je donne un pourboire à mon guide de fortune et je lui dis qu’on se reverra sûrement.

Jamais j’aurais cru que je vivais à deux pas d’un bidonville. Jamais j’aurais atterris ici si il n’y avait pas eu cette coupure d’électricité aujourd’hui. Je n’aurais peut-être jamais revu Maurice non plus… En tous cas maintenant je sais où vont les gamins en haillons qui montent le chemin au-dessus de la maison d’hôte. En ville, on les voit vendre des choses à la sauvette, transporter des sacs, mais on ne sait pas vraiment où ils habitent. Je sais maintenant qu’ils reviennent le soir dans leur « cité des enfants perdus » à l’abri des regards.  J’ai percé un premier mystère. Il y en a bien d’autres qui m’attendent ici.

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10 réponses à “Une coupure d’électricité

  1. Cool !!! juste un point à éclaircir dans ton histoire. C’est qui Maurice ? Tu l’as connu la première fois où tu as été à madagascare ?

    • Et oui comment j’ai rencontré Maurice ! Une fois en rentrant du boulot, il y a 1 semaine environ, sur la route, ya un gars qui me course et qui essaye de me vendre des journaux. Comme d’habitude, j’essaie de l’embrouiller, je lui demande comment il s’appelle, etc, etc… et je me barre en lui disant qu’on se reverra bientôt ! ça a pas loupé !

  2. Super ! Et bon hein , comme dirait Antoine de Maximy » Cest quand rien n’est prévu que tout est possible  » 😉

    • lol. C’est vrai merci Maurice ! La prochaine fois que je le vois je lui apporterai des vêtements, il m’a dit qu’il en avait besoin. J’ai plein de tee-shirt, je lui en filerai quelques uns.

      • au moins on sauran ce qu’il faut mettre dans nos valises quand on viendra, je vais commencer à mettre des vetements de coté et on pourra apporter des stylos et cahiers pour les enfants de l’association….

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